DES SEINS ANIMÉS
Enquête et article de Pierre FAVIEZ - 2006/03 - Les Années Laser, n° 119 - pp 66-67.
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Les mangas érotiques sont pour beaucoup de fans français de japanime la partie honteuse de l'animation et de la BD nipponne... Pourtant, ils constituent un pan essentiel de leur univers et de leur inspiration. |
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UN PEU D'HISTOIRE FRIPONNE
Le terme "manga" signifie "images dérisoires". Il est véritablement apparu au Japon dès 1814 avec les rouleaux de Hokusaï, soit 15 pièces intitulées Hokusaï Manga. C'est à Hokusaï qu'on doit par exemple l'estampe La Pécheuse d'éponge et la pieuvre, annonciatrice des monstres tentaculaires qui viendront hanter les jours et les nuits des pauvres héroïnes des mangas érotiques. Ce n'est qu'en 1955, avec l'apparition d'un système de location (Kashibon Manga), que les BD adultes se développent et prennent de l'essor, au point qu'au début des années 70, des commissions de protection pour l'enfance se mettent à surveiller leurs contenus. Il faut dire que les Japonais n'excluent aucune perversion dans les histoires érotico-porno-fantastiques qu'ils développent, et le genre qui prédomine se cache sous le nom de Lolicon (ou "Lolita Complex") : à savoir l'initiation sexuelle sans ménagement d'une jeune fille naïve et sans défense. De quoi en effet choquer la culture occidentale, qui ne pose pas ses limites de la même façon. Au Japon, la censure se place plutôt au niveau de la représentation des poils pubiens (proscrits, mais de moins en moins) et des sexes masculins (qu'on prend soin de gommer). Conséquense perverse de la censure : pour contourner cette interdiction, les auteurs de mangas ont fini par dessiner des jeunes filles aux pubis imberbes et des crétures tentaculaires pour pallier les absences de phallus. Ces approches différentes voire opposées, font que l'introduction en France de ces titres sulfureux a soulevé un véritable scandale.
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DES DEBUTS AGITES
Alors que les dessins animés japonais commencent à être évincés de nos émissions jeunesse, le marché de la vidéo prend son envol au milieu des années 90, et les premiers gros titres (Dragon Ball Z, Cobra) se mettent à sortir. Mais voilà qu'on dénonce la médiocrité et la violence des programmes japonais suite aux diffusions dontestées des Chevaliers du Zodiaque et de Ken Le Survivant, et que les fans du genre se sentent lésés... Heureusement, ici et là, des salons et des conventions estudiantines prennent la relève et le terme "manga" fait son apparition en France. Jusque-là tout ne va pas trop mal. En 1995, la label érotique EVA de l'éditeur vidéo Kaze fait son apparition, et des séries Z aux titres évocateurs, voire ravageurs, voient successivement le jour : le comique Mademoiselle Météo, les glauques Anges des Ténébres ou Twin Angels... Parallèlement, le label anglais Manga Video (du groupe Polygram) s'installe en France : dans son catalogue composé d'oeuvres souvent violentes se cache l'atypique et malsain Urotsusikidoji, titre emblématique faisant la part belle au fantastique et aux scènes sexuellement explicites (monstres tentaculaires pourchassant des héroïnes mineures). L'animation japonaise connaît alors de nombreux déboires, au point d'être assimilée à une école du sexe et de la dépravation. Il faut reconnaître que le contexte n'est pas favorable à l'éclosion de ce genre de titres : en effet, le scandale Dutroux bouleverse l'Europe entière, et contre toute attente, éclabousse les mangas, jugés susceptibles d'inciter les esprits faibles à verser dans la pédophilie. Des descentes de police ont lieu dans des boutiques vendant des mangas érotiques, et la BD Dragon Ball (éditée par Glénat) est épinglée en Belgique : elle inciterait aux déviances sexuelles, référence à une scène à priori comique entre le héros et son amie... |
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DES VENTES JUTEUSES
Malgré tout, les boutiques de mangas se multiplient en France, certaines éditent à leur tour des titres érotique en vidéo, et le choix se multiplie : Katsumi met en avant Shin Angels, adapté d'un titre connu de l'auteur U-Jin ; les éditions Tonkan sortent la BD Angel, dont la parution en France fera du bruit (une décision de justice prononcera une interdiction formelle de présenter le titre en boutique) ; Master Films sort le loufoque Dr. Feel Good ; Samouraï prend la relève en éditant la suite sous son titre originel Ogenki Clinic ("La Clinique de l'Amour") ; ID - label avec lequel a commencé IDP - s'essaye aussi à l'érotisme avec Miss Visionary ; Banzaï et Kookï (terme signifiant fragrance en japonais) se spécialisent dans les mangas érotiques bas de gamme... Le marché est florissant, et certains droits ne sont pas toujours acquis dans les règles de l'art ! Après le papier et la vidéo, la presse s'empare de l'effet de mode. Le titre le plus connu fait son apparition dans les kiosques en 1996 : Geisha. Mélange de véritables BD nipponnes friponnes (dont la prépublication du renversant et amusant Ogenki Clinic), de parodies X de célèbres séries (DBX au lieu de Dragon Ball Z) et des premiers mangas français (ici à vocation érotique), Geisha surfe sur une vague prometteuse. Mais là aussi, l'éditeur rencontre des obstacles surtout dus au fait qu'il y publie des planches de mangas érotiques. Malgré tout, Geisha tient bon et se distingue du lot ; son lectorat est adulte mais pas fans des mangas pour autant. Reste que la folie des mangas érotiques ne va durer qu'une poignée d'années pour trouver sa vitesse de croisière juste avant l'an 2000, après avoir vu disparaître aussi vite qu'ils étaient apparus bon nombre de petits éditeurs opportinistes. De cette masse impressionnante de titres, certains se détachent du lot : Ogenki Clinic et Melle Météo (pour leur humour), Urotsusikidoji (gore et culte, donc incontournable), Shin Angels (certains lui trouvent une valeur éducative), Alien from Darkness (très largement inspiré du film Alien)... Et dans une sous-catégorie plus soft mais non moins négligeable, le comique et excellent Golden Boy ! |
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AUJOURD'HUI EN FRANCE...
Les mangas érotiques n'ont actuellement pas disparu du marché vidéo français : ils se font plus discrets, et les éditeurs et diffuseurs ont compris comment contourner la censure - quitte, parfois, à s'autocensurer. Kaze, via son label EVA, continue ainsi de sortir des titres. Il y en a pour tous les goûts : Mahoromatic (série bourrée d'humour et très bien réalisée) flirte avec l'érotisme soft et met en avant une héroïne cyborg-soubrette à forte poitrine (qui lance aussi des missiles !) ; Ikki Tousen ou Labyrinth of Flames se dévergondent davantage en mélangeant action et filles à forte tête (petites culottes et décolletés à gogo !) ; Les pervers du train glisse vers le glauque et écarte le côté humour des titres précédents... Mais la télévision n'est pas en reste. Après XXL, qui s'est brièvement essayé aux mangas érotiques lors d'une soirée spéciale, la nouvelle chaîne nationale de la TNT gratuite Erope 2 TV reprend le flambeau en diffusant des mangas érotiques en 2ème partie de soirée. Ils sont présentés dans une version édulcorée pour éviter les sanctions du CSA, et on a pu, entre autres s'émouvoir devant La fille du 20 heures qui met en scène une présentatrice du JT anti-conformiste aux arguments renversants. |
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